Osons apprendre de nos échecs

07 2020 Enjeux humains

Et si nos cultures d’entreprises industrielles évoluaient en intégrant l’idée que si l’on n’apprend pas à échouer, on échoue à apprendre ?

Notre société est aujourd’hui guidée par la recherche de la performance. Tout au long de notre vie, nous sommes incités à faire mieux, toujours mieux : depuis l’école, où l’on valorise le « meilleur élève », au monde du travail, où l’on valorise le « meilleur collaborateur ». Sans cesse jugés et évalués, nous souhaitons plus que tout « réussir », être bon, voire plus fort que les autres. Nous devenons perfectionnistes et nous imposons parfois à nous-mêmes des exigences folles. Au point que, parfois, nous ne parvenons même plus à nous réjouir de nos succès, car ce n’est jamais assez. Nous vivons pour performer et carburons aux bonnes notes. Et cette quête d’efficacité maximale peut malheureusement nous laisser meurtri, blessé et souvent stressé.

Or la vraie vie est pleine de demi-succès et d’échecs sans gravité, de réussites finalement sans importance et de défauts qui sont finalement une chance d’apprendre et de progresser.

Inspirons-nous du poète Yves Bonnefoy qui écrivait : « Aimer la perfection parce qu’elle est le seuil, mais la nier aussitôt connue, l’oublier morte. L’imperfection est la cime …», et remplaçons le « toujours mieux » par « de mon mieux » !

Pensons au plus universel des apprentissages, celui que nous avons toutes et tous expérimenté : la marche, que nous sommes parvenus à maitriser au prix de… 2 000 chutes. 2 000 échecs, sans lesquels nous n’aurions jamais pu nous tenir droits sur nos deux jambes ! Il en va de la marche comme de tout apprentissage : nous avons besoin de tomber pour pouvoir avancer. Dans son livre Les vertus de l’échec, Charles Pépin nous montre que les plus grands, de Charles de Gaulle à Steve Jobs en passant par Barbara, ont essuyé des revers avant de réussir.

Certaines sociétés industrielles ont compris les limites du « toujours mieux » et ont amorcé des transformations remarquables en changeant, tout simplement, de regard sur l’échec. Pour ces entreprises, un problème est une formidable opportunité de progrès. Une erreur est une occasion unique d’explorer des voies insoupçonnées et de faire naitre les meilleures idées. La capacité à « OSER » est pour elles une valeur centrale du leadership, essentielle pour supporter et accompagner une transformation de société.

Pour parvenir à se transformer, il faut accepter de ne plus avoir peur de l’échec, et apprécier le chemin sans plus se focaliser sur la destination. Car la peur de l’échec nous empêche de sortir des cadres de pensées habituels et pire, peut agir comme un obstacle à l’action.

Cette ouverture à la prise de risque s’appuie sur une transformation individuelle de chacun, à commencer par les dirigeants eux-mêmes. Accepter l’échec, c’est d’abord s’accepter soi, y compris ses propres imperfections et limites.

Cela nous incite donc à accepter nos émotions et surtout laisser les émotions pénétrer le monde de l’entreprise.

J’ai la conviction que le jour où chacun d’entre nous, dans nos sociétés industrielles, quel que soit son niveau hiérarchique, acceptera d’être « complet » avec ses qualités et ses défauts au lieu de chercher sans cesse à être « parfait », nous aurons accompli un grand pas vers des transformations durables.

Il suffira dès lors d’OSER le partager pour montrer le chemin aux autres.

 

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